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Nature bricolage environnement et développement en Creuse

LE MONDE DES CAMPAGNES

Publié le 21 Décembre 2016 par Philou PE

La vie rurale d’une famille creusoise au sein de leur exploitation au cours du XXe siècle.

Une hutte, une cabane, un appartement, une maison, une propriété, un domaine, c’est tout d’abord un coup de cœur. Une histoire. Des espoirs. Des regrets. Des souvenirs. Des réflexions. Chaque habitation possède une histoire propre, avec chacun d’entre nous. Cependant, lorsque nous passons du temps dans un endroit, on s’y attache et on prend goût à raconter son histoire.

C'est pour cela qu’au cours de ce commentaire, je vais vous raconter et vous présenter l’histoire de ma maison qui se trouve dans un petit lieu-dit appelé La Chassagne, situé au cœur de la Creuse, dans la région du Limousin.

La Creuse est un département français, situé à l’extrémité nord-ouest du Massif central, elle est limitrophe avec les départements de la Corrèze, de la Haute-Vienne, de l’Allier, du Puy-de-Dôme, du Cher et de l’Indre. Ce département tire son nom de la rivière Creuse. L’Insee et la Poste lui ont attribué le code 23. Sa préfecture qui est également sa plus grande ville est Guéret. Elle n’a qu’une seule sous-préfecture qui est Aubusson.

L’habitation que je vais vous présenter est donc située à La Chassagne, commune de Soumans, à proximité de la ville de Boussac, qui est à seize kilomètres. On trouve aussi à trois kilomètres, la route RN145, qui relie d’une part Guéret qui se trouve à quarante kilomètres et d’autre part Montluçon, une ville de l’Allier, située à vingt-cinq kilomètres. Pour l’étude de ce domaine, nous allons nous appuyer sur plusieurs sources.

La première source est une source orale qui est le témoignage de Jean Dunaud, mon grand-père. Il a vécu toute son enfance au cœur de ce domaine avec les membres de sa famille depuis le 1er juillet 1934, qui est la date de sa naissance. Il est le troisième enfant de sa famille. Sa mère Marie-Louise Pajot s’est mariée avec Gabriel Dunaud. Par la suite, ils ont eu trois enfants, la première était une fille nommée Alice, née le 1er avril 1920, puis un fils André, né le 4 mai 1930 et Jean. La maison de La Chassagne a été achetée par le père de Gabriel Dunaud avant la Grande Guerre. On estime la date de construction de la maison en 1884, car on a retrouvé cette date sur les marches du grenier. Au tout début, la toiture arrière de la maison était en chaume, l’oblique portait sur le sol, cela gardait une pente pour l’eau. Celle-ci a été changée sous le grand-père de Gabriel Dunaud. Au cours de ce témoignage, j’ai posé une multitude de questions à mon grand-père sur ses souvenirs d’autrefois. Il m’a alors raconté son enfance au cœur de la Creuse, décrit le domaine, aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur de l’habitation. J’ai pu découvrir et me projeter dans la vie rurale au cours du XXe siècle et apprendre beaucoup de choses sur les rythmes de vie de sa famille qui sont principalement mes ancêtres. Néanmoins, ses souvenirs remontent à plus de ses cinquante années, il faut alors se méfier de l’exactitude de ses souvenirs. C'est pour cela que je me suis alors penché sur une autre source pour appuyer son témoignage. Cette deuxième source est si on peut le dire comme ceci « les archives familiales », qui sont principalement les vieilles photos qui se trouvaient dans les albums et qui étaient enfouies dans la poussière des greniers. De plus, j’ai aussi retrouvé plusieurs objets que j’ai pu intégrer dans mon analyse au sein de mon commentaire et apprendre sur leur existence ainsi que leur fonctionnement.

La période que nous allons analyser s’étend de la naissance de Jean Dunaud en 1934 jusqu’à approximativement ses vingt-cinq ans où se trouvent ses principaux souvenirs au sein de l’exploitation familiale. De plus, nous nous étendrons un peu plus pour venir jusqu’à notre époque, pour nous permettre de voir la progression puis ce qu’est devenu ce domaine creusois. Néanmoins, en 1934, et plus particulièrement dans les années 1930, la France connait une crise économique et sociale importante. La crise de 1929 a touché énormément les agriculteurs. Leur pouvoir d’achat va alors diminuer de presque 46%. Le secteur agricole est fortement affecté par la crise. La chute des prix du blé ou du vin est forte et la mévente importante. La baisse de niveau de vie est importante. L’absence de rentrée d’argent n’empêche pas les dépenses : location des terres, impôts, mais aussi les frais pour entretenir la ferme et faire les récoltes. De plus, avec la montée en puissance, en France et dans ses pays voisins, des mouvements d’extrême droite, la guerre ne se fait plus très loin. C’est après la prise de pouvoir en janvier 1933 d’Hitler en Allemagne, qu’il déclenchera la guerre à la France en septembre 1939. Avec la mise en place de l’occupation allemande en juin 1940, les restrictions alimentaires vont se faire de plus en plus présentes. Cependant, au sein des campagnes, malgré les restrictions, ils vont quand même s’en sortir grâce à leur production. Après la sortie de la guerre, les restrictions vont se faire de plus en plus rare et nous rentrons dans la période dite des « trente glorieuses ».

Afin d’étudier la vie rurale d’une famille creusoise ainsi que leur lieu d’habitation, nous répondrons à la problématique suivante : En quoi, un domaine familial dans la Creuse au cours du XXe siècle, est-il une source historique exploitable pour comprendre le fonctionnement de la vie rurale, économique et sentimentale.

Nous répondrons à cette problématique en trois temps. Pour commencer, nous parlerons de ce domaine, La Chassagne qui se trouve au cœur de la campagne creusoise, en parlant de son organisation générale. Puis, nous évoquerons en s’appuyant sur le témoignage et les photos, de la grande propriété campagnarde. Enfin, nous analyserons la vie familiale.

  1. La Chassagne, un domaine agricole au cœur de la Creuse

Au cœur des campagnes creusoises au cours du XXe siècle, il existait et existe toujours un petit lieu-dit nommé La Chassagne. Dans ce petit village, il y avait un corps de ferme, cette propriété appartenait à une famille dénommée Dunaud.

L'organisation du bâtiment principal

Dans les paysages de campagne Creusoise, on trouve beaucoup d’habitations et de fermes  construites en pierre. La pierre est l’élément majeur des maisons creusoises. L’habitation que nous avons étudiée est principalement construite en pierre, ce sont des grosses pierres de granite. Le bâtiment en lui-même est un grand corps de ferme, tout en longueur, de plain-pied. Il ne dispose pas d’étage à part un grenier qui servait pour stocker les différents fourrages. La zone d’habitation se trouve dans le corps de ferme. Pour commencer, si on se positionne devant la maison de droite à gauche, on trouve une première pièce avec une fenêtre qui était la chambre, puis la Souillarde avec la porte d’entrée de l’habitation, la cuisine qui avait aussi une fenêtre, la Grange qui possédait deux entrées une au sud et une autre au nord, l’écurie des vaches, puis à l’extrémité du bâtiment l’écurie des cochons. De plus, derrière la zone d’habitation, au fond, se trouvait la cave à vin et la cave à légumes qui avait une entrée sur l’extérieur droit de la maison. Le domaine possédait plusieurs bâtiments annexes au sein de la propriété, nous y reviendrons plus tard. Nous pouvons dire que la typologie de ce bâtiment est une maison-bloc, les principales pièces pour l’habitation et pour l’exploitation se trouvent concentrer dans un même bâtiment.

Ce plan a été retranscrit pas Jean Dunaud au cours du témoignage, nous allons désormais nous concentrer sur différentes photos pour mettre en image ces explications. Nous pouvons voir sur cette photo[1], une photo de famille prise devant cette habitation. On peut voir la porte d’entrée de la souillarde. On remarque que la porte est ouverte et que l’intérieur de la maison est très sombre. La porte était en bois et le haut de celle-ci restait immobile mais était vitré. Cela était la seule entrée de lumière de la souillarde. Puis, on a la fenêtre de la chambre qui se trouve sur la droite. Les volets en bois sont fermés, surement pour les besoins de la photo. Nous remarquons que les murs sont en pierre. Cependant, on aperçoit aussi que les finitions ne sont pas réalisées correctement. On peut voir les différentes pierres et le mur non uniforme. Sur le mur du bâtiment, il y a la présence d’une vigne vierge. Cette plante était très d’actualité à cette époque, elle permettait d’habiller la façade de la maison, probablement pour cacher les défauts de celle-ci. Cela permettait aussi une présence de fleur et évoquait un symbole de bien-être. On a pu remarquer que beaucoup de photos de famille étaient prises devant leur lieu d’habitation. Cela peut être vu comme un symbole, les familles prenaient alors comme décor leur habitation, cela reflète qu’ils étaient probablement attachés et fiers de montrer leur lieu de vie. De plus, on a aussi deux autres photos qui nous montrent cette même fenêtre[2], il me semble à deux intervalles de temps. Premièrement, on a la première photo avec un petit garçon et son chien, on peut donc voir cette même fenêtre avec les mêmes volets en bois et le mur de la façade qui n’est pas tellement en bon état. On remarque aussi une barrière au fond qui donnait probablement dans un champ. Le sol de la cour était principalement composé de terre et recouvert  de nombreux débris. On remarque alors sur la deuxième photo deux jeunes filles en train de jouer. On voit que la maison ainsi que la cour avait l’air plus entretenues.  Au fond « la Chaudière » que vous pouvez voir sur le plan du domaine, aussi entourée d’une vigne vierge et de végétaux. On remarque toujours la présence de la barrière au fond donnant sur le four à pain et le poulailler.

 

               L'intérieure de la maison

Après avoir vu l’organisation générale de l’habitation, nous allons maintenant nous pencher sur l’intérieur de la maison. Dès que l’on franchissait le seuil de la porte d’entrée,  on pènètratrait dans la souillarde. Cette pièce servait de débarras où on pouvait trouver une multitude de casseroles, de marmites, de pots à lait, des ustensiles de cuisine. A droite, il y avait une grande pierre qui servait d’évier collée après le mur où on pouvait se laver les mains avec un gros savon de Marseille, et où on déposait le seau à eau, préalablement chercher au puits. Cette pierre ressortait dehors, l’eau s’évacuait alors sur le trottoir à l’extérieur car celle-ci était un peu penchée et creusée pour l’eau puisse s’évacuer. Il y avait une certaine odeurà cause de l’écrémeuse[3]. Dans cette pièce, se trouvait aussi une maie[4], elle servait à faire le pain. De plus, il y avait des portes manteaux à l’entrée où on déposait les habits sales de travail dès qu’ils rentraient des travaux de la ferme. Puis, on avait la grande pièce commune, qui était la cuisine. Dans cette cuisine, il y avait une grande cheminée, une cuisinière à bois avec un tuyau qui était oblique et allait dans la cheminée pour les aérations. Il y avait aussi une table avec un tiroir au milieu où se trouvaient les couverts, appuyée contre le mur, puis autour trois ou quatre chaises en bois. Dans le mur, il y avait un placard intégré, où il y avait la vaisselle, les verres, les assiettes, les bols. Je cite « On ne changeait pas de bol souvent, le fond était devenu jaune. ». Les chaises servaient pour poser les habits quand le soir était venu. Au mur, était accroché le calendrier annuel de la poste et puis il y avait aussi celui des agents d’assurance. Il y avait aussi une pendule ainsi qu’une comtoise. De plus, dans un coin de la cuisine, on trouvait une alcôve où il y avait un lit à rouleaux[5] de deux places, camouflé par un rideau avec une tringle à anneaux. Au-dessus du lit, il y avait une espèce de je cite « Bazar en bois », où on attachait un rideau à baldaquin, pour se camoufler de la cuisine. Sous le lit, on pouvait trouver le pot de chambre. La troisième pièce de la maison était la chambre. Au sein de cette chambre, se trouvait quatre lits, un dans chaque angle. Puis, il y avait deux armoires, où était rangé tous les habits usuels ainsi que tout le linge de maison. Il y avait des cadres, avec des photos de famille, on peut supposer que c’était peut-être cette photographie. De plus, il y avait une grande glace à droite de la porte, une table et des chaises disposé au milieu de la pièce pour déposer les affaires. Puis, on trouvait des seaux hygiéniques pour la nuit, les toilettes se trouvant à l’extérieur de la maison dans une cabane en bois. La partie hygiène était réalisée le matin dans la chambre, ils avaient des brocs de toilette[6]. Néanmoins, la maison n’est pas restée dans cette disposition. Au cours des années, elle a évolué.

 

L'évolution du domaine au fil du temps

Après cette présentation du domaine dans les années 1930, celui-ci n’a cessé d’évoluer. André Dunaud, le frère de Jean Dunaud est rentré à la Poste, à la fin des années 1940. Il a fait marcher la ferme une dizaine d’années de plus et petit à petit il a diminué cette activité. Il n’arrivait pas à jumeler son travail et l’activité agricole. A la mort de Gabriel Dunaud en 1960, la maison a été réhabilitée d’une façon beaucoup plus moderne. Le paysage agricole de La Chassagne a alors pris une nouvelle dimension, et s’est transformé en un lieu d’habitation moderne[7] au cours des années 1970. La maison a été divisée en plusieurs pièces, avec plusieurs chambres, aménagées et décorées dans la mode des années 1980[8]. Vous pouvez voir sur ses photos la décoration rustique de l’intérieur de la maison et André Dunaud dans son canapé. Cependant, André Dunaud va garder une petite activité agricole pour toujours produire quelques ressources. Il va transformer sa propriété, garder une activité de cuniculture, un grand poulailler et un immense jardin. Il vivait de son revenu de facteur et de son exploitation. Il consommait ses volailles et ses lapins et les vendaient aussi à ses connaissances dans les bourgs voisins. Il possédait un champ où il pouvait cultiver de nombreux légumes et avait un verger pour les fruits. Il passait tout son temps libre à son exploitation et entretenait avec rigueur et finesse son exploitation[9]. Je cite le témoignage « Il ne traînait jamais une seule mauvaise herbe ». On peut voir sur la dernière photo de cette annexe le bâtiment aux volets marron qui est la maison en elle-même, on remarque que l’entretien est parfait, que les fleurs sont bien entretenues. André Dunaud semble fier de poser devant sa maison accompagné de ses amis. Il a alors habité avec sa mère Anne-Louise Dunaud, et s’en ai occupé jusqu’à sa mort en 1984. De plus, un étang a été aménagé devant la propriété. A l’époque, on trouvait plusieurs étangs en construction, cela était un effet de mode. Les étangs apportaient un autre type de ressource qui était les poissons. A cette époque, avoir un étang faisait « bien » et était un élément de richesse. Dans l’annexe[10], vous pouvez voir la propriété rénovée et dans les années 1980. On peut voir au premier plan l’étang, puis une parcelle, puis le jardin et enfin la maison en elle-même. A gauche, on aperçoit l’écurie des cochons qui est devenue un garage, puis à droite la « Chaudière ». En 2001, André Dunaud est décédé d’un infarctus dans son champ, après avoir passé le motoculteur. Quelqu’un de trop têtu pour écouter les conseils de sa famille et d’en faire un peu moins au sein de sa maison. La maison a été rachetée par mes parents, puis rénovée à nouveau pour être aujourd’hui une habitation moderne. C’est aujourd’hui un ancien corps de ferme totalement repensé car prochainement une chambre va ouvrir dans cette habitation qui est aujourd’hui celle de mes parents Catherine Peu, fille de Jean Dunaud, et de Philippe Peu. On peut donc voir la maison aujourd’hui quatre-vingt ans plus tard[11], on a donc l’habitation qui s’est agrandie en prenant la grange, coté habitation pour en faire une chambre. La « Chaudière » est devenue une chambre d’hôte, l’hangar à bois est devenu une salle de restauration, le garage va devenir un jacuzzi, et le bâtiment derrière la maison un sauna[12]. Les corps de ferme sont en perpétuelle évolution au cours du temps. Ils permettent d’apporter de nombreuses ressources agricoles ou économiques. Avec de la volonté, du savoir-faire et de l’argent les corps de ferme seront toujours exploitables.

 

  1. Une grande propriété campagnarde

Les bâtiments agricoles sont les éléments caractéristiques d’une exploitation, ils sont essentiels pour s’occuper des animaux.

La répartition et l'usage des bâtiments agricoles

Au cours de ce témoignage, Jean Dunaud m’a beaucoup parlé des bâtiments agricoles, de leur utilité, des bêtes qui se trouvaient à l’intérieur. C’est ce que nous allons voir maintenant. La Grange était un espace assez grand. A l’intérieur, il n’y avait pas grand-chose. On rentrait la grande charrette[13] dedans, on rentrait celle-ci par la grande porte et on sortait les chevaux par la petite porte en arrière. Comme on peut le voir sur cette photo, la grande charrette servait à ramasser le foin dans les champs, elle était tirée par un ou deux chevaux. Cette photo a été prise dans un champ lors des récoltes, on a aussi la présence de cette même charrette vide sur une autre photographie et on peut aussi voir une faucheuse que l’exploitation possédait. On peut y voir un homme guidant le cheval et deux personnes sur le foin dans la charrette. Dans la Grange, l’hiver, on jetait du grenier la paille pour nourrir les bêtes qui sortaient leur tête de l’écurie des vaches à travers le mur, en patois je cite « On appelait cela les « palaissons » ». grenier, il y avait le fenil pour nourrir les vaches. Dans la grange, il y avait des bacs en ciment pour l’eau, on leur donnait un peu de farine avec des betteraves coupées. Le sol de la Grange était en terre battu, on appelait cela « le soute ».

Le deuxième bâtiment agricole est l’écurie des vaches, on la nommait « l’écurie double ». On pouvait mettre une rangée de vache en avant qui donnait dans la grange et une autre en arrière. De plus, dans cette partie arrière un endroit était aménagé pour les chevaux. L’exploitation possédait qu’un seul cheval, il le partageait avec leur cousin qui habitait dans le même village. C’était une jument qui nous servait à faire les travaux de la ferme comme nous avons pu le voir sur l’annexe 14. Pour tirer la charrue, il fallait deux bœufs ou deux chevaux, ils prenaient alors celui de leur cousin pour en avoir deux. On peut voir ici un sentiment d’entraide familiale qu’on retrouve beaucoup au sein des campagnes au cours du XXe siècle en France. L’exploitation possédait 8 vaches. Puis, il y avait l’écurie des cochons, deux endroits étaient dédiés à l’élevage des cochons. Ces bâtiments étaient aménagés pour 5 à 6 cochons, ils étaient cloisonnés dans des cases. Ils les achetaient porcelets entre 20 et 25 kilos et ils les engraissaient jusqu’à 120 kilos. Il fallait les garder environ trois mois.

Le dernier bâtiment agricole était l’écurie des chèvres qui se trouvait derrière la maison. Ils avaient deux chèvres, celles-ci faisaient des petits chevreaux[14]. On peut voir sur cette photographie un enfant avec un petit chevreau. Un chevreau était symbole de beauté et considéré comme un animal agréable.

Les bâtiment ou pièces annexes au sein de la ferme

D'autres bâtiments ou pièces se trouvaient au sein du domaine. Pour commencer, il y avait « la chambre aux légumes ». Il y avait tous les légumes comme des pommes de terre, des betteraves, des choux-raves, des carottes et même des choux que l’on rentrait l’hiver. La pièce était remplie jusqu’à la porte avec des légumes. Les pommes de terre servaient pour la consommation personnelle mais pour aussi nourrir les cochons. La ferme possédait aussi une cave à vin, où il faisait rentrer du vin de Soumans, par bidon de 100 litres.

EN suivant, on trouve « La chaudière ». C’était une seule grande pièce équipée d’une chaudière avec un bassin pour faire cuire le pâté pour les porcs et les volailles. On stockait ici les topinambours pour l’hiver ainsi que les sacs de farine et l’écorce de blé pour les poules et les lapins. Dans cette pièce, ils préparaient l’alimentation des porcs, ainsi que des volailles. Ils tuaient et saignaient les lapins et les poules. La cheminée servait pour flamber les poulets et pour faire chauffer l’eau et cuire le boudin. Il y avait un bassin en fonte pour faire cuire la pâtée pour les porcs.

Dans le poulailler[15], il y avait 25 à 30 poules, ainsi que des oies, des dindes et des canards. Dans le marronnier, dans la cour, il y avait quatre clapiers en béton, avec une trentaine de lapins. Puis, le jardin se trouvait en contre-bas de la maison comme on peut le voir sur le plan numéro 1, celui-ci était entouré d’un mur en pierre d’une hauteur de 1.5 mètre de haut[16], tout autour. Cela permettait de protéger les plantations du froid et de la chaleur. De même, à l’intérieur, il y avait des arbres fruitiers qui protégaient du gel les légumes.

La vie en autarcie et la faible activité économique

Au sein des fermes du XXe siècle, les familles ne possédaient pas un revenu fixe. Ils devaient alors subvenir à leurs moyens en produisant pour se nourrir. A La Chassagne, cette famille produisait son propre pain, car ils possédaient un four à pain. Ils faisaient 5 à 6 tourtes pour deux semaines. Le four à pain mesurait approximativement trois mètres de long, construit en brique réfractaire. Il fallait d’abord le chauffer et retirer les cendres des fagots et par la suite mettre les miches de pain à l’intérieur. La cuisson prenait plus d’une heure et demie. Le pain sorti, ils rentraient des tartes, des pâtés, ainsi que des brioches. De plus, le beurre était fabriqué sur place avec le lait que produisaient les vaches. Il y avait un moule à beurre, avec une vache imprégnée dans le moule. Ils tuaient aussi tous les ans un cochon même voir deux de temps en temps pour faire le salé, le jambon cru, la charcuterie, les différents pâtés, le boudin, ainsi que l’andouille. Ils conservaient le salé et les jambons toute l’année pour se nourrir. De plus, ils ramassaient aussi les œufs des poules et mangeaient aussi des lapins, ainsi que de la volaille. Les légumes étaient aussi une ressource importante de l’alimentation. Une ferme peut pratiquement vivre en autarcie, la ferme nourrissait cinq personnes.

Néanmoins, la ferme avait aussi un petit revenu, et gagnait un peu d’argent. Anne-Louise Dunaud allait vendre son beurre à pied au marché de Treignat qui se trouvait à sept kilomètres, elle vendait son beurre et rapportait très peu d’argent car elle rachetait du tabac pour son mari. Elle rapportait seulement la différence. Ils vendaient aussi au marché les porcs, il y avait une foire tous les quinze jours à Boussac. Ils avaient une remorque et avec celle-ci ils les amenaient à la foire en voiture à cheval. Boussac se trouvait à environ seize kilomètres, ils mettaient une bonne heure. En contrepartie, les veaux et les chevreaux étaient vendus à la ferme, ce sont les bouchers qui se déplaçaient sur place pour les acheter. De plus, quand les jeunes se mariaient au sein des villages Marie-Louise Dunaud était appelée pour faire des brioches, elle était réputée pour ses brioches qui étaient extrêmement bonnes, cela était une source de revenu supplémentaire.

La situation économique de la ferme n’a pas toujours été bonne, surtout pendant la Guerre. Je cite « Nous, on appelait cela l’exode ». Ils ont dû vivre avec les restrictions alimentaires. Lorsqu’il n’y avait plus de chicoré et de café, ils le faisaient avec des racines d’endives, coupés en petits morceaux, que l’on faisait griller. Cela donnait un gout amer, de couleur marron, comme le vrai café. Néanmoins, pendant la guerre, ils avaient la chance d’avoir un moulin à Soumans, il nous faisait un peu de la farine, il dépannait même les personnes de Montluçon, qui venaient à vélo, cherchaient de la farine, ils attachaient des petits paquets de farine sur les cuisses, pour ne pas se faire repérer. Si la GESTAPO les attrapait, on allait directement en prison. De plus, il est arrivé, je cite « que l’on n’avait pas d’huile dans la poêle, les frites étaient donc noires dans la poêle ». Cependant, la famille pouvait se priver de ses choses-là, mais Marie-Louise Dunaud n’a jamais voulu que ses enfants soient ridicules par rapport aux autres. Quand la mode des vestes en velours et le pantalon bleu-vert étaient d’actualités, il fallait absolument que ses enfants en aient. De plus, elle se privait elle-même pour que ses enfants aient 100 francs pour sortir de temps en temps le dimanche. Nous allons maintenant nous pencher sur les personnes en elle-même de cette exploitation.

 

  1. Une vie familiale

Au sein d’une exploitation, la famille est très importante car l’entraide permet de mieux s’en sortir dans les moments de crise.

Marie-Louise : une femme au fort caractére

Marie-Louise Dunaud[17] était la patronne de l’exploitation avec son mari. Comme on peut le voir sur les photos d’archive, c’était une femme pas très grande, bien en chair et assez musclée. Elle réalisait tous les travaux ménagers de la ferme comme un homme, elle réalisait un boulot fou. Elle prenait des seaux, les remplissaient de pâté et les portaient à bout de bras jusqu’aux écuries des cochons. De plus, elle réalisait toute les taches ménagères à l’intérieur de la maison, comme la vaisselle, s’occupait du linge, préparer les repas. Elle réalisait sa crème avec l’écrémeuse puis par la suite elle faisait son beurre dans une baratte. De plus, elle mettait à sécher le jambon à côté de la cheminée. Devant la cheminée, qui ne s’éteignait pratiquement jamais, elle faisait continuellement du café avec de la chicoré, toujours posé au chaud. Elle était très sociale et aimer recevoir les voisins pour boire le café.

Très souvent, elle était même appelée pour faire accoucher les femmes dans les villages voisins. D’après le témoignage de Jean Dunaud, sa mère possédait un très fort caractère. Je cite « Une fois, mon père est revenu de la foire, avec un petit canon de trop, et donc il n’a pas eu le droit de rentrer à la maison, il a alors couché dans l’écurie avec la jument ». De plus, lors des foires, c’était elle qui s’occupait de vendre les bêtes et il ne fallait pas l’embêter. Je cite « les marchands qui ne fessaient pas une bonne offre, ne revenaient pas deux fois, sinon elle leur disait en patois « Si tare vené unquier, embé la même proposition taura mon batou par la goule » ». Son fort caractère s’est répercuté dans la famille. Marie-louise commandait au point de vue commercial au sein de la ferme, elle était dominatrice dans les affaires de transaction, femme très courageuse qui faisait exactement les mêmes travaux que son mari. Elle décèdera en 1984.

Gabriel Dunaud : un homme travailleur et affectueux

Gabriel Dunaud[18] est un homme qui a fait la Grande Guerre de 1914 à 1918. On peut voir sur les photographies, un homme travailleur avec ses bêtes et coquet qui prend soin de lui, avec une belle moustache. C’était un homme perturbé par la guerre des tranchées. Quand il est revenu, il fumait beaucoup, à Verdun, il chiquait du tabac comme il n’avait pas le droit de fumer pour ne pas attirer l’œil ennemi. Ma mère, lui achetait son tabac. Il roulait ses cigarettes de tabac gris, et ne pouvait s’empêcher de manger son mégot. réalisait toutes les taches agricoles au sein de l’exploitation, il labourait les parcelles de terre, participait au battage, au récolte, s’occupaient des bêtes. Il emmenait aussi les bêtes à la foire pour les vendre.

Quand ils rentraient de labour, Gabriel Dunaud sifflait les chevaux pour leur faire faire pipi, avant qu’ils s’alimentent. Selon, Jean Dunaud, son père avait une multitude de « manies » au sein de son travail. Il était très perfectionniste. Le père de Jean avait plus d’instruction que sa femme, il possédait le certificat d’étude, c’était un homme très intelligent. Néanmoins, il était très réservé, très posé. Il ne se laissait quand même pas faire, mais il était très pondéré. Je cite « J’étais vraiment en adoration pour mon père, car on se confiait de nombreuses choses tous les deux, le courant passait très bien. En pleine hiver, on s’en allait tous les deux couper du bois, c’est là que j’ai appris à fumer ». Malgré sa forte intelligence, Gabriel Dunaud n’a jamais voulu que son fils Jean ne continue ses études avec son certificat d’étude, malgré la détermination de son père.

D’un point de vue politique, Gabriel Dunaud était socialiste, mais avec des valeurs plus proche du communiste. Il lisait le journal « La terre » de Vladeck Rocher. Néanmoins, il n’a jamais dépassé son bulletin de vote du socialiste. Il disait toujours qu’il ne fallait pas dépasser le centre, de ne jamais voter les extrêmes. Je cite « Avec mon père, on parlait beaucoup de son expérience au cours de la guerre des tranchées, il m’a fait promettre de ne jamais recevoir d’Allemand chez moi, mais, pendant, les études de mes filles, j’ai reçu des étudiantes allemandes ». On peut voir ici un homme touché par la guerre, et une haine envers les allemands, le traumatisme a été trop fort pour cet homme pour qu’il puisse pardonner.

Le fruit de l'union

Les deux êtres que nous avons vus et présentés précédemment ont donné naissance à trois enfants, Alice, André et Jean.

Jean Dunaud a été une aide précieuse ainsi que son frère au sein de l’exploitation, ils ont aidé leurs parents à réaliser les taches agricoles. Le battage était une tache où Jean participait. La période de battage durait environs 15 jours, chaque jour, on tournait sur les différentes exploitations, un jour chez l’un puis après chez les autres. Sur cette exploitation, le battage durait une journée. On commençait vers 7 heures le matin, jusqu’à 18 heures le soir. L’entrepreneur de battage mettait la batteuse en marche et chacun prenait sa place à son poste pour mettre les bottes de blé au fur à mesure dans le ventre de la batteuse, d’autres à la paille, les retirer et les entasser pour faire un gerbier[21], et d’autres prenaient les graines de blé qui sortaient dans des sacs, et qui étaient portés sur les épaules jusqu’au grenier. Je cite « Un jour, je portais des sacs et c’était pour un dénommé Rougeron à Beaulat, et les employés directs du propriétaire voulaient porter les sacs, et par méchanceté, on nous a mis dans les sacs de blé des chaines métalliques à bœuf, d’un poids énorme pour nous écraser dans les marches de l’escalier. Cela était de la jalousie, car on avait été choisis pour porter les sacs. Les sacs pesaient 80 kilos, et donc il y avait 30 kilos de plus à cause de ses chaines. La colonne vertébrale en a un pris un coup ». Le matériel de battage était déplacé les soirs ou bien le lendemain matin.

Jean Dunaud a eu une enfance heureuse, je cite « Quand j’étais petit, j’allais dans le ruisseau pour m’amuser avec les grenouilles, on leur mettait une paille dans le cul et elles gonflaient et par la suite ne nageaient plus ». De ce faite, il avait attrapé de l’eczéma dans le dos. Il a été soigné par une penseuse, très fréquente au cours du XXe siècle dans les campagnes. Je cite « Un beau jour, j’ai parlé à une voisine, et elle m’a dit viens me trouver pour te faire penser. J’y suis allé, il fallait venir avant que le soleil se lève et il fallait qu’on trouve un chêne qui perd difficilement ses feuilles, elle m’a emmené sous un chêne et elle m’a pensé et j’ai eu guérison ». Vivre à la campagne reste une vie agréable, Jean était heureux de vivre de ses produits. Malheureusement, il n’arrivait plus à gagner leur vie, trop serré au niveau budgétaire, et avec un manque d’aide social pour élever les enfants.

Au fil de ce commentaire, j’ai pu vous faire découvrir la vie d’une famille rurale au sein d’une exploitation dans la Creuse. Nous avons pu apprendre sur l’organisation de leur habitation, puis sur son évolution au cours du XXe siècle. C’est un exemple parmi tant d’autre, mais cet exemple est celui de ma famille et j’ai pris plaisir à vous faire découvrir mon lieu d’habitation et en apprendre plus sur le thème des campagnes au XXe siècle.

 

 

 
  

Remerciement à Jean Dunaud.

 
  
  
Annexe 1

Annexe 1

Annexe 2
Annexe 2

Annexe 2

Annexes 3 et 4
Annexes 3 et 4

Annexes 3 et 4

annexe 5

annexe 5

annexe 6

annexe 6

annexe 7

annexe 7

annexe 8

annexe 8

annexe 9

annexe 9

annexe 10

annexe 10

Annexes 11 et 12
Annexes 11 et 12
Annexes 11 et 12
Annexes 11 et 12

Annexes 11 et 12

annexe 13

annexe 13

annexe 14

annexe 14

annexe 15

annexe 15

annexe 16

annexe 16

annexe 17
annexe 17

annexe 17

annexe 18

annexe 18

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Angelilie 07/06/2017 21:40

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog (cliquez sur mon pseudo). au plaisir